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Jour 01 : Préparer le terrain (source ASO Dakar 2005)

C'est parti pour un mois de " Recos ", sur les pistes du 27ème Dakar. Autour de Patrick Zaniroli, " Papa Zoulou " pour les initiés, ils sont huit à se retrouver à Barcelone pour le début de l'aventure. Il y a Alain Lopes, dit " Le Belge ", qui collectera, jour après jour, les mille détails que vous retrouverez dans votre road-book. François Guidon, pilote hors-pairs comme son nom l'indique, et Alain Petrovitch, le toubib de service, veilleront à la santé de l'équipe. Serge Guérin, Pierre Couillet et Patrick Juillet, les artistes de la clé de 12, grands prêtres de la soupape et de la courroie de transmission, jetteront tous les soirs un oil plus qu'attentif sur les mécaniques alors que de leur côté, Bruno Cretenet, dit " le grand Bruno ", et Jean-Michel Prat reconnaîtront le parcours d'assistance. Un mois durant, ces passionnés, ces fous d'Afrique, de désert et de grands espaces vont parcourir les pistes qui mènent à Dakar afin d'en repérer les moindres pièges et préparer le passage de la course, au mois de janvier prochain. Vous pourrez suivre, jour après jour, l'évolution de ces reconnaissances avant de découvrir, le parcours officiel, le 17 novembre 2004. D'ici là, armez-vous de patience...

 

Jour 02 : L'Espagne, pour commencer
La partie européenne du parcours nous sert, comme pour les concurrents, à nous mettre en condition. Savourer une dernière nuit à l'hôtel, repenser aux difficultés qui nous attendent et rompre avec les habitudes du quotidien sont les premiers pas pour trouver la concentration nécessaire. Ce rapide séjour en Espagne, c'est aussi l'occasion de prendre la température à quelques mois du Grand Départ. Barcelone, qui accueille pour la première fois le rallye, promet un cadre somptueux pour les premiers tours de roues des pilotes. A imaginer la première spéciale, qui se déroulera le 31 décembre au cour de la ville, des frissons d'impatience commencent à nous réjouir. Comme pour nous, le menu du lendemain leur paraîtra sans doute plus indigeste par sa longueur. La liaison entre Barcelone et Grenade, effectuée sur un parcours autoroutier à l'exception d'une rapide sortie pour le pointage au CP de Castellon, réserve déjà son lot de fatigue. La spéciale programmée pour le spectacle aux abords de Grenade est le dernier contact avec l'Europe. Ensuite, embarquement sur le ferry, direction Tanger et l'Afrique.

Jour 03 : Retour en Afrique

Enfin le départ de la première spéciale, les retrouvailles avec la piste, la terre, le sable. Mais après deux kilomètres, il faut déjà s'arrêter et rattacher solidement tout ce qui se ballade à l'arrière de la voiture. Car tout doit être fermement sanglé, sous peine de voir un sac, un bidon ou une gamelle traverser l'habitacle à la réception d'un saut ou au passage d'une saignée. Ce qui est valable pour le matériel l'est évidemment pour l'équipage : harnais bouclés et bien serrés, nous repartons pour la fin de cette première journée de Reco. Cette première spéciale est relativement courte. Une sorte de " mise en pneus ", de galop d'essai en moyenne montagne, entre forêt de chênes et étendues désertiques. Mais, si la piste est globalement roulante, quelques passages pierreux sollicitent les pneumatiques et la vigilance du pilote. Les nombreuses intersections, les pistes qui se perdent au cour des grandes plaines cultivées, celles qu'on ne trouve pas sur les cartes, mettent nos talents de navigateurs à contribution. Finalement, après avoir tâtonné, après nous être égarés à plusieurs reprises au milieu des champs bordés de pierres, nous trouvons l'enchaînement de pistes qui nous mène à bon port. Cette spéciale sera donc courte mais intense et pleine de surprises. La longue liaison qui conduira les concurrents jusqu'au bivouac sollicitera également une attention soutenue. La circulation est très dense et les contrôles de vitesse nombreux. La priorité sera donc de penser donc avant tout à la sécurité et à celle des autres. Le rallye ne se gagne pas sur les itinéraires de liaison.

 

Jour 04 : Changement de décor

Une liaison, longue, fatigante, qui use le regard et la patience. Mais, enfin, nous sommes au sud. Beaucoup plus au sud. Nous attaquons cette nouvelle spéciale dans un décor très différent. La végétation disparaît peu à peu pour laisser place à un univers désertique, presque minéral. Quelques cactus jalonnent la piste, dernières sentinelles avant le vide. Avant de partir, nous rencontrons les militaires marocains afin de valider l'itinéraire que nous allons emprunter. Il a été balisée avec des cairns, petites pyramides de pierres peintes en blanc, spécialement pour le Dakar. Le décor est grandiose. La piste traverse des oueds multicolores, sillonne la montagne pour arriver à un petit col, perché au milieu de nulle part, avant de basculer vers une autre vallée, de traverser d'autres oueds, de franchir d'autres montagnes. Le soir approche. Les sommets des montagnes se teintent d'ocre. Nous nous arrêtons pour bivouaquer au pied d'une citerne d'eau alimentée par une pompe à éolienne. Le vent est très fort ce soir et l'hélice tourne rapidement dans un grincement infernal. Heureusement, nous trouvons le frein de la machine. Nous pouvons enfin dormir dans le calme, en profitant du silence. De ce silence qui ne vibre qu'au cour du désert...

 

Jour 05 : Pluie le matin, poussière l'après-midi

Le ciel est bas, très bas. Après quelques kilomètres à flanc de montagne, nous passons un premier col noyé dans le brouillard, sous un crachin presque breton. Pourtant nous progressons rapidement. Les portions roulantes succèdent aux passages empierrés et aux saignées toujours plus profondes qu'on ne l'imagine. Dans ces conditions, le secret consiste à garder le bon rythme, tout en préservant la machine. Aux côtés du pilote, le navigateur tient alors un rôle très important. Il annonce les reliefs, les trous et les pièges. Et en cas d'erreur ou de retard, les conséquences peuvent être lourdes. A mesure que nous descendons vers le sud, le relief s'adoucit, se calme. La piste s'élargit, devient de plus en plus rapide, pour mourir enfin aux abords d'un chott. Cette étendue de terre craquelée, si piégeuse après la saison des pluies, disparaît au delà de l'horizon. Nous la traversons sans retenue, " la poignée dans le coin " comme diraient les motards, grisés à la fois par la vitesse et par le panache de poussière soulevé par nos véhicules. Après vingt kilomètres, nous retrouvons la piste, large et roulante, qui nous conduit à la fin de la spéciale. Puis c'est le goudron et une courte liaison jusqu'au bivouac. Ce soir, c'est notre dernier bivouac au Maroc.Demain, si tout va bien, nous serons en Mauritanie.

 

Jour 06 : Premières dunes

Changement de pays et d'ambiance. Après avoir bivouaqué au pied du " mur ", nous quittons le Maroc. Direction la Mauritanie, le sable, les grands espaces, les cordons de dunes à perte de vue. Le vrai désert, profond, troublant, envoûtant, chargé d'images, de légendes et de rêves. Ce sera un choc pour les bizuths qui toucheront enfin du doigt la difficulté du rallye. La piste est roulante et nous avalons rapidement les premiers kilomètres de la journée. A l'horizon, les dunes s'élèvent. Nous partons en hors-piste absolu à la rencontre des ergs mauritaniens. Viendront alors les premiers franchissements de dunes, sans l'assistance du dégonflage automatique. Les choix de pression des pneus au départ de l'étape feront sûrement la différence. Il faudra à la fois être assez gonflé pour rouler vite en début de spéciale, mais pas trop pour attaquer facilement les premiers franchissements. Et en cas d'erreur, vous devrez vous arrêter au pied des dunes pour baisser la pression des pneus. Cette année, la stratégie et le " sens " de la piste prendront le pas sur la technologie. Cette première étape mauritanienne est longue, très longue. Le soleil se couche alors que nous roulons encore. Finalement, nous posons la tente au milieu des dunes. Quelques heures de repos, un peu de calme au cour du silence avant de reprendre la route demain, dès l'aube.

 

Jour 07 : Ne pas « jardiner »

Aujourd'hui, nous sommes toujours sur le tracé de la première étape mauritanienne, qui donnera dans quelques semaines l'occasion de tester un nouveau point du règlement sportif, destiné à aider les « poireaux » par rapport au « pros ». À partir du deuxième CP, les concurrents classés au-delà du 20e rang recevront un code de déblocage de leur GPS, leur permettant s'ils le désirent ou s'ils sont en difficulté, d'accéder à une dizaine de points supplémentaires en vue de rallier l'arrivée plus facilement. Nous pensons que ce coup de pouce sera d'une grande utilité, notamment pour tous ceux qui seront encore sur la piste une fois la nuit tombée. Car dès que l'obscurité envahit la piste, le temps et le relief n'existent plus : il ne s'agit plus de tenir une moyenne, mais d'arriver à tout prix pour être en mesure de reprendre le départ le lendemain. Nous ne doutons pas que ces quelques points supplémentaires permettront aux pilotes de se surpasser pour y parvenir.

 

Jour 08 : Danger, criquets !

Il est des régions sur terre où même les signes du destin les plus encourageants peuvent faire volte-face et provoquer des conséquences totalement inattendues dans la réalité quotidienne. Ainsi, l'an passé, l'abondance de pluies augurait de récoltes foisonnantes pour 2004 sur toute la région. Il n'en est rien ! En effet, les pluies ont avant tout été la cause de la venue de milliards de criquets pèlerins, dont le passage est fatal à toutes les formes de cultures. Les nuages de ces bestioles ont une telle densité qu'aucune végétation ne résiste. Il s'agit donc d'une véritable catastrophe écologique que seul le Maroc a eu les moyens d'endiguer. Nous avons également croisé la route de ces charmantes bestioles, les préjudices étant pour nous bien moins importants. Mais en quelques minutes, les radiateurs de tous nos véhicules étaient obstrués par des centaines de criquets suicidaires. Ils risquent d'être encore présents lors du passage du rallye, et représenteront donc pour les concurrents un ennemi supplémentaire. Après avoir vaincu les saignées, les dunes, la poussière et la chaleur, il faudra peut-être résister aux criquets !

 

Jour 09 : Turbo cassé

L'étape que nous reconnaissons aujourd'hui, la 2e en Mauritanie, sera sable, très sable. Il s'agira non seulement de la plus longue spéciale du rallye, mais elle ajoutera également à la longueur toutes les difficultés imaginables sur ce type de parcours. Autre originalité : elle est en grande partie nouvelle. Partis au lever du jour, nos deux Toyota 105 et le Scania vont bon train sur les premier kilomètres. Ensuite, la navigation entre en jeu. Il faut tenir le cap idéal en hors piste, mais de nombreux cordons de dunes empêchent la ligne droite. Chacun devra trouver la trace qui lui convient en fonction de ses capacités ou de celles de son engin, quitte à s'éloigner de 500 m de l'axe idéal. Nouvel ingrédient du Dakar sur cette piste, l'herbe à chameaux. Redoutée à juste titre par les concurrents, elle agrémentera cette spéciale sur deux tronçons de 50 km. Après cela, vous serez définitivement fixés sur la valeur de vos suspensions. Selon toute vraisemblance, la deuxième moitié de cette spéciale n'a jamais été empruntée en 4x4. Le paysage s'apparente beaucoup au "Ténéré", avec de nombreux franchissements de petit cordons de dunes. Mais la radio crépite, le camion demande que l'on s'arrête car il a une perte de puissance. Dès qu'il nous rejoint, le diagnostic est rapidement fait : turbo cassé. Il est clair que nous ne finirons pas cette piste aujourd'hui !

Jour 10 : Merci Sidi.

Deux heures de travail pour changer le turbo du camion, une nuit réparatrice, un départ très matinal et nous voilà de nouveau immergés dans les sables mauritaniens. Le décor varie, offrant le plus souvent de vastes perspectives, puis des sols caillouteux, avant que notre petite colonne de véhicules ne se retrouve à un puit où un grand troupeau de chameaux assoiffés se désaltère. Le paysage rappelle parfois les sables dorés du Ténéré. Notre correspondant mauritanien, Sidi Ould Kleib, nous aide à trouver les passes, nous guide vers un site néolitique impressionnant et nous informe en permanence sur la nature du terrain. Un conseil de Sidi : l'herbe à chameau n'est pas une malédiction. Prenez votre mal en patience, dégonflez légèrement, choisissez votre trajectoire. et lisez le sable. Notre camion change un pneu qui servira de balise, au km 333 sur le road-book du rallye. Le terrain devient à la fois plus rude et changeant : de grandes cuvettes de sable mou, des vallées remplies d'herbe, des dunes barkhanes. Chaque moment d'inattention se paiera cash. Les dunes sont cassantes et imprévisibles, les passages rapides se terminent parfois par des envolées sidérantes !

 

Jour 11 : Haute voltige

Il nous a d'abord semblé, de bon matin, que le sable à perte de vue signifiait une réelle rupture avec la rudesse du jour précédent. Enfin, nous pourrions goûter à nouveau aux joies de la vitesse. Puis la chaleur est montée au même rythme que le soleil. Le cap du GPS nous tirant invariablement plus au sud et la démesure du décor aidant, les sensations deviennent presque irréelles. Mais l'ivresse n'a qu'un temps. Sans prévenir, le sable blond laisse place à un méchant sol gris, parsemé de verrues vertes et de goulets sableux : l'herbe à chameau. Immédiatement, les précautions de base redeviennent prioritaires : garder son cap, ne pas s'ensabler, ne pas maltraiter sa mécanique, ne pas perdre patience dans ce dédale inhospitalier. Il faut arriver à la fin de l'étape. Sur l'instant, les sentiments alternent entre le plaisir de slalomer dans les tas de sable et l'agacement de devoir ralentir, esquiver, sauter très haut parfois et relancer la mécanique. Sortir de l'auto devient également un calvaire. Le sol surchauffé brûle les pieds, tandis que le thermomètre affiche 50° ! Ne pas oublier de remettre les harnais avant de reprendre sa route, penser aux réserves d'eau et augmenter sa consommation. La réussite est à ce prix. Enfin, comme pour se faire pardonner, le désert vient échouer sur une haute falaise noire. Une grande faille s'ouvre à nos pieds, qui nous récompense de nos efforts. Une large vallée abritera ce soir le bivouac.

 

Jour 12 : Panne d'essence.

Maître mot de l'étape du jour : la consommation ! Nous avions pris soin de calculer au plus juste le carburant nécessaire, afin d'éviter le surpoids. Erreur, le sable mou a eu raison de nos spéculations, nos moteurs ont englouti presque le double de nos besoins habituels. La panne arrive vers midi, juste au moment de notre jonction avec le camion. Ouf ! Mais en course, il en sera tout autrement. Personne ne viendra en aide aux concurrents, il leur faudra donc être prévoyants. Revenons à notre tracé. 70 km de sable mou, difficile, dans des parties sinueuses et montantes, minées par les grandes touffes d'herbe à chameau. Ensuite c'est le plateau des roches noires, parfois dissimulées sous le sable, qui éperonnent les pneus des malchanceux. Puis il s'agit d'affronter de nouveau les dunes du sud. Les motards vont être à l'épreuve, surtout si la chaleur est de la partie. Le sable portera moins, les moteurs chaufferont, les organismes souffriront. Le parcours suit la ligne de puits que suivent les troupeaux, alors attention aux animaux. Ils sont chez eux et peu habitués à pareille fête.

 

Jour 13 : Les sables de Nega

Des volutes roses embrasent l'horizon. De loin, on croirait que la savane est en feu. Des nuages de criquets traversent les plaines d'Afrique, s'abattent sur les arbres, les rongent, puis les abandonnent, décharnés, presque morts. Le spectacle est ahurissant, sauvage, comme carnassier. Et plus loin, le désert reprend ses droits, majestueux, nous guidant au milieu de dunes monumentales vers. La passe de Nega. Sable bouillant, montée légendaire et quelques pages célèbres de l'histoire du rallye: Wambergue et son embrayage, la victoire au flair et à l'expérience de Jacky Ickx, caché par le vent de sable. Et les galères de concurrents, restés plantés là, jusqu'à l'épuisement, alors que le jour se levait. La légende voudrait que les singes voisins, habitants de la montagne toute proche, soient les gardiens jaloux de tous ces souvenirs. Un conseil en tous cas. Cette année, les navigateurs seront largement mis à contribution. Ils devront trouver la passe sans point GPS, en se fiant au road-book : Un cap, une distance, un descriptif précis. Un peu de navigation à l'ancienne.

 

 

 

Jour 14 : L'Afrique vue du ciel

Vraoumm ! ! ! ! ! ! ! !
Un petit avion de tourisme en provenance de Saint-Louis-du-Sénégal passe à basse altitude au dessus de notre bivouac. Nous levons précipitamment le camp. Direction l'aérodrome. Nous y retrouvons le pilote de l'avion. Après un briefing rapide, le pilote nous fait signe d'embarquer. Quelques minutes après avoir décollé, nous redécouvrons l'Afrique. Un canevas de couleurs, de pistes qui s'entrelacent avant de se perdre au milieu des dunes. En un clin d'oil, nous vérifions nos hypothèses, validons les itinéraires. Passera, passera pas ? Malheureusement, ça ne passera pas. Mais le survol des zones qui nous intéressaient nous a fait gagner un temps précieux. Nous ne nous sommes pas perdus dans un désert inconnu et improbable, nous n'avons pas eu à tourner pendant des heures, de passe en passe, pour finalement nous résoudre à faire demi-tour. Aussi, quand l'avion repart vers Saint-Louis-du-Sénégal, avons-nous une idée très précise de l'itinéraire que vous aurez à suivre. Pendant que nous survolions le désert à la recherche d'un itinéraire pour franchir ces dunes géantes, les mécanos de l'équipe se penchaient sur les mécaniques éprouvées de nos voitures. Grâce à eux, nous pourrons repartir demain au volant de véhicules révisés, prêts à franchir toutes les difficultés qui nous attendent encore. Car une chose est sûre, la mécanique jouera encore un grand rôle cette année, si vous souhaitez arriver à Dakar.

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